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Avignon 2023, le bilan : l’art de l’équilibre de Tiago Rodrigues

Écrit par le 22 juillet 2023


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Publié le 22 juil. 2023 à 9:00

La Cour d’honneur du Palais des papes ne serait-elle plus l’alpha et l’oméga du Festival d’Avignon ? Les deux grands rendez-vous de théâtre et de danse programmés dans le lieu historique de la manifestation n’ont pas convaincu et pourtant cette 77e édition apparaît plutôt comme un bon millésime. Les sensations se sont produites ailleurs. Beaucoup de valeurs sûres, un peu d’audace : les choix équilibrés de Tiago Rodrigues, avec leur lot de réussites, de bonnes surprises et aussi, bien sûr, quelques ratés, se sont avérés, dans l’ensemble, concluants.

Le festival a donc mal commencé dans la Cour, avec la déception « Welfare », l’adaptation par Julie Deliquet du documentaire de Frédéric Wiseman sur un centre d’aide social new-yorkais à l’hiver 1973. Une mission impossible : la metteuse en scène, si habile à transposer sur la scène des films de fiction, n’a pas pu reproduire la vérité de ce puissant instantané de la précarité humaine en noir et blanc. Malgré une troupe de comédiens talentueux et investis.

Déception aussi avec « Ecrire sa vie ». Pauline Bayle, forte de ses adaptations virtuoses d’Homère et de Balzac, s’est attaquée à l’oeuvre de Virginia Woolf au Cloître des Carmes. Las, le roman poème « Les Vagues » dont elle s’est principalement inspirée s’est avéré être un faux ami de théâtre, la prose lumineuse de l’écrivaine britannique devenant nébuleuse en scène.

Deux créations chocs

Deux propositions théâtrales chocs ont heureusement renversé la vapeur. Vaguement inspiré du tableau de Jérôme Bosch, « Le Jardin des délices » de Philippe Quesne a transformé la Carrière de Boulbon en une planète excentrique et flamboyante. Le voyage sidéral et sidérant orchestré par l’inclassable metteur en scène a réjoui les amateurs de « non sense » et de poésie insolite. On a ri, beaucoup, on a admiré les effets de lumière, le silence des grillons, on s’est laissé emporter par les vers de Dante et par des chansons. On a perdu tous ses repères. Un délice…

Autre déflagration, le nouveau geste fulgurant de Julien Gosselin, « Extinction » . Après Houellebecq, Bolano, DeLillo, Andreïev, le metteur en scène visionnaire nous a offerts dans la cour du Lycée Saint Joseph une compilation stupéfiante de Schnitzler, Hofmannsthal et Bernhard pour évoquer la fin du monde. Malgré l’heure tardive de la représentation (plein air oblige) et l’inconfort (extrême) des gradins, ce spectacle en trois parties nous a emportés au bout du monde et au bout de la nuit. D’une discothèque techno en fusion à un salon viennois du début du XXe siècle filmé en live dans un superbe noir et blanc, puis au monologue final furieux de Thomas Bernhard, Julien Gosselin explose les codes du théâtre et déchaîne une tempête d’émotions et de sensations. Avec une troupe franco-allemande d’exception.

A l’autre bout du spectre théâtral, on a retrouvé à son meilleur Gwenaël Morin, embarqué dans une aventure de quatre ans avec le Festival d’Avignon au slogan irrésistible : « Démonter les remparts pour finir le pont ». Une entreprise de désossage des classiques qui a commencé dans le Jardin de Mons de la Maison Jean Vilar par une version exubérante du « Songe » de Shakespeare . Porté par un carré magique de comédiens, ce retour badin à l’essence du théâtre, sans décor avec des accessoires de fortune, a fait mouche.

Expériences inédites

A l’inverse, l’OTNI (Objet Théâtral Non Identifié) de Susanne Kennedy et de Markus Selg « Angela (a strange loop) » a offert une vision futuriste de la représentation scénique. Projections en 3 D, manipulations sonores : le public du gymnase Aubanel a été ballotté une heure et demie durant dans un monde flottant, en quête de sens. Le propos s’impose en pointillé : derrière l’histoire banale d’une influenceuse atteinte d’une maladie auto-immune, le spectacle offre une fascinante réflexion sur la confusion du rêve et de la réalité, dans un monde passé en mode virtuel.

Une autre expérience extrême, hyperréaliste celle-là, a bouleversé le public. « A Noiva e o Boa Noite Cinderela » de Carolina Bianchi nous confronte sans filtre à l’horreur des féminicides. Dans ce premier chapitre de sa trilogie « Cadela Força », la performeuse brésilienne plonge à corps perdu dans la spirale infernale des violences faites aux femmes, ingurgitant elle-même une dose de stupéfiant sur scène pour entrer dans le vif du sujet. Entre récit et performance, une descente aux enfers qui ne laisse personne sortir indemne.

Une création était très attendue à Vedène, l’autre scène du Grand Avignon : « Antigone in the Amazon » de Milo Rau. Elle nous a laissés un peu sur notre faim. Avec cet opus confrontant comédiens sur scène et militants sur écran, le metteur en scène suisse achève une trilogie consacrée à la relecture politique de mythes anciens. En transposant le personnage d’Antigone au coeur de l’Amazonie brésilienne en lutte contre les exactions du capitalisme sauvage, Milo Rau réactive certes la tragédie millénaire. Mais il ne parvient pas à la transcender, faute de réussir l’osmose entre acteurs et activistes, théâtre et documentaire.

Esprit anglais

Le volet « british » du festival, voulu par son directeur, nous a laissé une impression mitigée. Les monologues ou dialogues « participatifs », un brin narcissiques, du charismatique Tim Crouch, « An Oak Tree » (variation sur le deuil) et « Thruth’s a Dog Must To Kennel » (réflexion acide sur le théâtre contemporain, à partir du Roi Lear) sont apparus plus bavards qu’incisifs. Heureusement, Alexander Zeldin, avec « The Confessions » à la Fabrica, magnifique portrait de sa mère en icône féministe, nous a emballés et émus. De l’histoire d’Alice, jeune Australienne modeste brimée par des hommes violents à la femme volontaire partie refaire sa vie à Londres, l’auteur dramatique et metteur en scène surdoué signe un drame théâtral émouvant et subtil.

Quant à l’annulation du spectacle de Krystian Lupa « Les Emigrants », due à un conflit épique avec les techniciens du Théâtre de Genève où la pièce devait être créée juste avant le festival, elle a été compensée par la reprise judicieuse de « Dans la mesure de l’impossible », l’opus de Tiago Rodrigues dédié aux travailleurs humanitaires, bien dans l’esprit de cette 77e édition.

« Exit Above » est un grand millésime, gorgé de blues et d'électro signé Anne Teresa de Keersmaeker

« Exit Above » est un grand millésime, gorgé de blues et d’électro signé Anne Teresa de Keersmaeker© Christophe Raynaud De Lage

Danse de combat

Dans la programmation danse, il y a eu des moments forts également. Deux lignes esthétiques semblent s’être dégagées. D’un côté, on a assisté à une danse de combat, celle de Bintou Dembélé et, plus surprenant, celle d’Anne Teresa de Keersmaeker. « G.R.O.O.V.E. », de la première, a trouvé un point d’ancrage à l’Opéra Grand Avignon en occupant tous les espaces avec un sens de la dramaturgie évident. Bintou Dembélé s’est payé le luxe de rendre la danse des « Indes galantes », ou du moins un extrait de l’opéra mis en scène par Clément Cogitore qu’elle chorégraphia, urgente et festive à la fois.

Quant à son aînée belge, elle prouve après 40 ans de création que son art se conjugue au présent. « Exit Above » est un grand millésime, gorgé de blues et d’électro, signé Anne Teresa de Keersmaeker. La Cour d’honneur n’était pas pour elle cette année, quel dommage ! Trajal Harrell aura eu plus de mal à l’habiter le temps de « The Romeo » porté par des performers à la rare sensibilité.

Danse de coeur

Autre tendance du festival, une danse de belle facture, écrite jusque dans ses détails. A l’image de celle de Maud Blandel, conjuguant l’intime – l’histoire d’un père suicidé – et l’immensité du cosmos dans « L’oeil nu » Ou le duo formé par Martine Pisani, héroïne discrète de la danse française des années 1990, et le Japonais installé à Vienne Michikazu Matsune. Une histoire de corps, de mémoire et d’espoir. Dans le cadre enchanteur de la Fondation Lambert, cet objet mouvant non identifié du nom de « Kono atari no Dokoka » s’accordait à la (relative) douceur de la nuit.

On a eu plus de mal à se laisser emporter par « Inventions » de Mal Pelo, un concert de danse assez loin de la virtuosité d’une Anne Teresa de Keersmaeker (encore elle !). Bach en live, c’est déjà beaucoup. Hélas, la danse proposée ne laissera que de vagues souvenirs. A mi-chemin entre la performance et le délire, on retiendra « FEU » de Fanny Alvarez, une des propositions remuantes de Vive le sujet !, et l’incroyable spectacle de Rébecca Chaillon, le plus politique aussi, « Carte noire nommée désir » . Le désir en Avignon, tout un programme…

Bonne humeur contagieuse

Cette effervescence tranquille, cette « bonne humeur » du festival se sont retrouvées dans le Off (jusqu’au 29 septembre). L’offre toujours pléthorique – près de 1.500 spectacles contre une quarantaine de propositions dans le « in »- apparaît désormais mieux structurée, avec des salles de théâtres emblématiques aux choix ambitieux. Le bouche à oreille est plus rapide et efficace. Il nous a permis de rendre compte de créations marquantes : « Guerre » au Chêne noir, « Iphigénie at Splott » au Onze, « PUNK.E.S », et « Pauline & Carton » à la Scala Provence, « La Saga de Molière » au théâtre des Carmes, etc. Autant de découvertes promises à un bel avenir en tournée.

C’est dans cet appétit de spectacle vivant « in » et « off », cette joie partagée du public venu de tout le sud et d’ailleurs, qu’Avignon a pris cet été des airs de « café lumineux », selon la belle expression de Tiago Rodrigues. Un directeur heureux qui en guise de clap de fin, présentera le 25 juillet dans la Cour d’honneur « By Heart », son spectacle culte sur la mémoire, dans lequel une quinzaine de spectateurs sont invités sur scène à apprendre un sonnet de Shakespeare. Tout ici se conjugue par et avec coeur.

Les reprises et tournées des spectacles d’Avignon sont pour l’essentiel indiquées dans nos critiques en liens dans l’article.

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