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Le Rwanda, un miracle de résilience dans un cauchemar d’autoritarisme

Écrit par le 4 avril 2024




Chaque année, le 7 avril, Paul Kagame, le président du Rwanda, commémore le début du pire événement de la fin du XXe siècle, le génocide rwandais. Durant une centaine de jours, en 1994, des masses de Hutu, la population majoritaire, ont massacré des centaines de milliers de leurs compatriotes, pour l’essentiel des membres de la minorité tutsi.

Dans ses discours annuels [parfois nommés “Umushyikirano”, le mot désignant une réunion où les participants peuvent échanger des idées, partager des expériences et se remettre en question], Kagame montre pourquoi il est l’un des dirigeants les plus clivants d’Afrique.

Dans une phrase, il se fait l’écho de la rhétorique officielle : le Rwanda est aujourd’hui un miracle, où règnent la paix, l’unité et la prospérité – un phare de progrès allumé sur les braises du génocide. Dans la phrase suivante, il laisse entrevoir des traits plus inquiétants, ceux que dénoncent ses détracteurs, comme son mépris pour quiconque s’oppose à lui. Ceux-ci critiquent également ses méthodes brutales et répressives et ses intentions guerrières au Congo voisin.

Kagame au pouvoir jusqu’en 2034 ?

À la veille du 30e anniversaire du génocide, certains observateurs présents à Kigali, la capitale, espère que Kagame profitera des cérémonies de cette année pour aller au-delà de la question de savoir si le Rwanda est le Singapour ou la Corée du Nord de l’Afrique. Près des deux tiers de la population du pays ont moins de 30 ans. Le président, âgé de 66 ans, évoquera-t-il les trente prochaines années, se demandent certains diplomates et hommes d’affaires, desserrera-t-il l’emprise de son État autoritaire et mentionnera-t-il son éventuel départ ?

Cela paraît peu probable. Au pays des Mille Collines, un seul homme peut se poser en parangon de vertu. Le 15 juillet, Kagame sera sans doute réélu président, avec un score qui aura de quoi faire rougir même Vladimir Poutine, lors d’une élection qui ne sera ni libre ni juste. Après avoir empoché 98 % des voix en 2015 lors d’un référendum constitutionnel qui l’autorise à se présenter pour deux mandats supplémentaires jusqu’en 2034, il n’est pas près de partir.

Lavage de cerveau

Pour comprendre le Rwanda aujourd’hui, il faut s’intéresser à trois niveaux précis de la politique de Kagame : l’échelle nationale, celle de la région des Grands Lacs, et l’échelle internationale. On obtient alors un tableau d’ensemble composé de réformes et de réconciliation, avec une forte dose de répression et de realpolitik. À l’échelle nationale, la politique de Kagame repose essentiellement sur un lavage de cerveau imposé par l’État.

Dans les camps ingando (de “solidarité”) [créés pour promouvoir des thèses nationalistes, faire unité au-delà des divisions ethniques et faire naître la loyauté envers les autorités] et dans les prisons, la population est soumise au martèlement du discours officiel. Une histoire qui met en avant une identité nationale rwandaise supérieure aux identités ethniques et qui ne fait mention d’aucun des crimes commis par le parti de Kagame, le Front patriotique rwandais (FPR).

Cette réconciliation décrétée par les autorités est une évidence, sachant que les coupables vivent parmi les familles des victimes. Fonctionne-t-elle ? Un “baromètre de la réconciliation” mis en place par l’État assure que presque 100 % des Rwandais répondent de façon positive à la question de savoir s’ils sont tolérants, s’ils ont confiance et se sentent unis. Phil Clark, de l’École des études africaines et orientales de l’université de Londres, a écrit que “la plupart des Rwandais […] ont choisi de poursuivre leur existence plutôt que de régler de vieux comptes”.

D’autres chercheurs estiment qu’au Rwanda la réconciliation est souvent superficielle. Susan Thomson, de l’université Colgate [aux États-Unis], soutient que les programmes du gouvernement se heurtent à une “résistance au jour le jour”. Par exemple, les gens gardent le silence, ou vont même jusqu’à rire l



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