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les œuvres de fiction prennent-elles trop de place ?

Écrit par le 3 avril 2024




On note une multiplication des œuvres de fiction où les noms tristement célèbres des camps d’extermination nazis s’affichent en titre. Selon un décompte du quotidien El País, entre 2010 et 2024, 85 livres portant la mention “Auschwitz” dans leur titre ont été référencés au registre ISBN (numéro international normalisé du livre). Un calcul qui “ne comprend pas les ouvrages scientifiques à proprement parler, […] ni les classiques écrits par des survivants”, tels que Primo Levi, précise le titre.

C’est un ouvrage récent, El barracón de las mujeres (“Le baraquement des femmes”, non traduit en français), qui pousse le quotidien à s’interroger sur le rôle des récits fictionnels dans la mémoire de la Shoah. Ce roman, qui relate l’histoire de femmes déportées à Ravensbrück et les sévices sexuels qu’elles ont subis, suscite la polémique. Les familles des survivantes remettent ainsi en question l’utilité d’un tel récit et ont accusé l’autrice de manipuler les faits sans se soucier de la mémoire des victimes.

Erreurs factuelles

“C’est regrettable, mais c’est un fait : Auschwitz et l’Holocauste sont des sujets qui font vendre”, commente auprès du titre une chercheuse rattachée au mémorial d’Auschwitz-Birkenau. La mise en récit des horreurs de la Seconde Guerre mondiale “vient illustrer un problème jamais résolu : comment peut-on raconter la Shoah, et quelles libertés peut s’autoriser un auteur par rapport à la réalité quand il se collette avec le nazisme”.

Car les critiques qui visent la véracité des faits historiques dans des œuvres de fiction relatives à l’Holocauste sont récurrentes. Le quotidien cite ainsi le cas d’un best-seller de l’autrice australienne Heather Morris, Le Tatoueur d’Auschwitz, publié en 2018, et qui avait suscité la désapprobation de la part du mémorial d’Auschwitz en raison des erreurs factuelles qui y figuraient.

Une époque sans témoins

Lors de la sortie, en 1978, de la série américaine Holocauste, plusieurs personnalités avaient sévèrement jugé l’œuvre, s’indignant de la banalisation des événements historiques. “Pour autant, la série a eu un retentissement considérable et un rôle essentiel dans la connaissance du génocide des Juifs en Allemagne. Elle a contribué à tirer de l’oubli un crime alors relativement occulté”, insiste néanmoins El País.

S’ils n’ont rien de nouveau, ces questionnements prennent aujourd’hui une importance d’une autre envergure, souligne le quotidien, car les survivants qui peuvent témoigner de la déportation se font de plus en plus rares. “Les récits de l’horreur à la première personne céderont bientôt la place à une époque sans témoins.” Toutes les œuvres ne sont pas à ranger dans la même catégorie, veut croire El País, qui cite le film La Zone d’intérêt (sorti en 2023), du Britannique Jonathan Glazer, ainsi que l’opéra La Passagère, du compositeur polonais Mieczyslaw Weinberg. “Des récits de fiction qui placent le spectateur dans une situation d’extrême tension, l’obligeant à considérer le mal dans tous ses abîmes, à se reconnaître dans un miroir abject, aux confins de l’humanité.”



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