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Nolan veut montrer “le monde avec les yeux” du père de la bombe atomique

Écrit par le 18 juillet 2023



Face à un scientifique réticent à rejoindre l’équipe d’Oppenheimer pour le projet Manhattan, le général Leslie Groves (Matt Damon) s’emporte et le somme de participer “au p*** de projet le plus important de l’histoire de l’humanité”. Le Los Angeles Times est allé à la rencontre de Christopher Nolan, qui s’est penché sur l’histoire de Robert Oppenheimer, principal architecte de la bombe atomique. Le long-métrage arrive dans les salles françaises le 19 juillet. “Tous les films que j’ai réalisés sont, d’une manière ou d’une autre, des films noirs, argue le réalisateur britannique. On y parle toujours de conséquences. Avec Oppenheimer, on parle des conséquences les plus rapides et les plus brutales imaginables.”

L’un des partis pris des plus intelligents est de présenter le récit en entremêlant les époques – une perturbation chronologique chère à l’auteur de Memento et Interstellar. Le spectateur est embarqué dans des allers-retours entre les études du physicien en Europe pendant la révolution quantique, les jeux politiques troubles de la chasse aux communistes dans l’Amérique de l’après-guerre (les accointances d’Oppenheimer avec des syndicats de gauche lui ont valu plus d’un problème) et le laboratoire secret de Los Alamos dans les deux dernières années de la Seconde Guerre mondiale.

De quoi dessiner “le portrait nuancé d’un personnage complexe et controversé, connu comme le père de la bombe atomique, et qui est passé du statut de héros de guerre à celui de paria littéralement du jour au lendemain.” Et faire comprendre le basculement du monde dans une toute nouvelle ère : la nôtre.

Figure historique fascinante

La fascination de Nolan pour cette figure historique a été nourrie par la lecture d’American Prometheus (non traduit en français), une biographie signée Kai Bird et Martin J. Sherwin publiée en 2005 après vingt-cinq ans de recherches et récompensée d’un Pulitzer. Le scénario y puise abondamment, et c’est en observant le regard du scientifique sur la couverture qu’il s’est rendu compte que Cillian Murphy, un de ses acteurs fétiches (ils sont nombreux au générique), serait parfait pour le rôle. En revanche, pas question de se laisser enfermer dans les codes rigides du biopic, précise-t-il au quotidien : il leur préfère la composition d’“un thriller, d’un braquage de banque, d’un drame avec plaidoirie”.

“Plus que tout, Nolan s’applique à rendre compte des instincts souvent contradictoires de son personnage, ne cherchant en aucune manière à occulter ou minimiser les impasses dans lesquelles il s’est retrouvé, tant au plan scientifique que personnel ou politique.” Le réalisateur montre ainsi l’arrogance intellectuelle d’Oppenheimer autant que son génie et interroge son degré de manipulation, de naïveté et de regret. “Il fait le genre d’erreur stupide que seuls les gens vraiment brillants peuvent commettre”, affirme Nolan.

L’attachement à un réalisme immersif

Christopher Nolan (au centre) et Cillian Murphy (à droite) sur le tournage d’“Oppenheimer”.
Christopher Nolan (au centre) et Cillian Murphy (à droite) sur le tournage d’“Oppenheimer”. Universal Pictures

Comme le sens du spectacle se double chez lui d’un souci du détail, le réalisateur a cherché à tourner le plus possible dans les lieux réels, “et s’est par exemple installé dans la véritable maison du physicien, à Los Alamos, pour les scènes en intérieur”, rapporte le critique Kenneth Turan dans le journal californien. Impossible en revanche, toujours au Nouveau-Mexique, de s’installer sur le site exact de Trinity, où a eu lieu le premier essai atomique, le 16 juillet 1945, déplore Nolan. “Comme cela reste un terrain d’exercice militaire, c’était trop compliqué.” De même, la fameuse explosion (le morceau de bravoure du film qu’il convient de ne pas trop dévoiler) n’est pas une pure image de synthèse créée par ordinateur mais bien une détonation réelle – quoique non atomique –, pour laquelle les acteurs ont dû s’abriter dans un bunker. Comme les scientifiques et militaires qu’ils incarnent. Nolan se souvient :

“Vivre cette séquence avait quelque chose de saisissant, de bouleversant et d’inexplicable.”

Kenneth Turan est conquis. Oppenheimer est “sans conteste le film le plus impressionnant de Nolan. Le réalisateur met son immense savoir-faire visuel au service d’une étude de personnage parmi les plus fascinantes de l’histoire récente du septième art américain.” Et l’angle d’attaque y est pour beaucoup, résume le cinéaste, en évoquant son rapport à Oppenheimer : “On ne veut pas le juger, on veut être lui, on veut vivre tous les aléas de sa vie, pour voir le monde avec ses yeux. Il est rare dans un film d’avoir l’occasion d’approfondir vraiment ce genre de moment particulier. Connaissons-nous réellement nos propres motivations ?”



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