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“Kirikou”, “Pogba”, “on n’est pas à la mosquée”… Des adolescents visés par des propos racistes lors d’un tournoi de rugby en Seine-et-Marne

Écrit par le 30 mars 2024




“Chronique du racisme ordinaire sur un bord de terrain.” C’est l’intitulé du communiqué publié mardi 26 mars par le Rugby olympique de Pantin, dans lequel le club fait le récit de propos racistes adressés à son équipe mixte de minimes (filles de moins de 15 ans et garçons de moins de 14 ans), lors d’un tournoi “à 60 kilomètres de Paris”. “Nos joueurs et joueuses se sont vus affublés par des spectateurs dans la tribune de petits surnoms ou de prénoms qui n’étaient pas les leurs : ‘Kirikou’, ‘Fatoumata’, ‘Pogba’… Curieusement, ces ‘encouragements’ n’ont été adressés qu’à nos joueurs et joueuses à la peau ‘noire'”, précise le communiqué.

Les faits se sont déroulés le samedi 9 mars, à Coulommiers (Seine-et-Marne), lors d’un tournoi de minimes organisé par l’Olympique Columérien Pays Fertois Rugby, où étaient invités les clubs du RO de Pantin et du Rugby Sud 77 de Fontainebleau. “Plus tard, [une fois les matchs terminés], alors qu’ils attendaient devant le club house pour prendre la collation, on les a invités à entrer de manière plutôt curieuse : ‘Eh bien, vous pouvez entrer, on n’est pas à la mosquée’ (…) Enfin, pendant la collation, nos coachs ont été approchés avec des compliments pour certains de nos joueurs et joueuses, mais avec systématiquement une référence à leurs supposées origines : ‘la grande Malienne’, ‘la petite Ivoirienne’… Notre coach fait la réflexion à nos hôtes, qui nous assurent ne pas cautionner cela”, précise le communiqué. Les personnes à l’origine de ces propos n’ont pas pu être identifiées.

Des spectateurs “agités” et sous l’emprise “de l’alcool”

Bruno Carrère, président du club de Pantin, joint par franceinfo: sport, décrit un “malaise grandissant” tout au long de la journée, rapporté par l’éducatrice qui accompagnait l’équipe. À tel point que cette dernière a pris la décision “de partir plus rapidement, en se disant que cela ne s’arrêterait peut-être pas là”, explique celui qui est aussi maire adjoint, en charge des actions sociales et solidaires de la ville de Pantin. “Elle s’est dit qu’on ne pouvait pas exposer les enfants à cela.”

Présent à ce tournoi avec son équipe des minimes du Rugby Sud 77 de Fontainebleau, Sylvain Pommier évoque “des gens bien agités sur le bord du terrain, qui haranguaient un peu les joueurs. Je pense qu’il y avait un peu d’alcool aussi. (…) Ce n’était pas comme une ambiance normale.” S’il n’a pas entendu la “teneur des messages”, l’entraîneur “ne peut pas affirmer qu’il ne s’est rien dit”.

Parmi les membres du club hôte (l’Olympique Columérien et Pays Fertois Rugby), personne ne dit avoir personnellement relevé de comportements déplacés. Le co-président Mehdi Meziani, présent pendant les matchs mais parti peu avant la collation, affirme à franceinfo: sport : “Au moment où j’étais sur l’événement, il n’y a rien eu de répréhensible, sinon je serais intervenu. (…) On n’est pas certains que ce soit des parents de notre club.”

“La maison des sports (club house), où il y a la buvette, était ouverte pour les enfants et les parents”, précise Wilfrid Bourdier, entraîneur des minimes du club columérien. “Les bancs de touche sont à l’opposé de la maison, de l’autre côté du terrain. Les coachs ne sont pas au courant de ce qu’il s’y passe.” “À la fin du match, j’ai entendu une des filles de Pantin se plaindre à sa coach, qu’il fallait arrêter les insultes racistes, complète Stéphane Vert, également éducateur au club de Coulommiers. La coach est venue me voir, m’en a parlé. J’ai très bien compris et je l’ai remonté à la direction ensuite. Mais je n’ai été témoin de rien personnellement, et on n’a pas pu savoir d’où cela venait.”

Tous les responsables du club de Coulommiers contactés par franceinfo: sport condamnent ces agissements, comme les autres clubs.

Des actes “intolérables” pour le club de Coulommiers

À la suite de cette journée, un message et un mail ont été envoyés par l’Olympique columérien aux parents des joueurs, et une réunion a été organisée “pour expliquer ce qu’il s’était passé et dire que c’est intolérable dans notre sport et dans notre club”, assène le co-président. Le Comité départemental de rugby de Seine-et-Marne a été averti de l’incident. “On va envoyer un courrier à tous les clubs, qui sera redistribué aux écoles de rugby, pour sensibiliser à ces débordements”, explique son président, Christian Moreno, également à la tête du club du RC Champs Val Maubuée, qui assure n’avoir jamais connu ou eu vent d’agissements racistes auparavant.

“On veut que les enfants qui viennent jouer au rugby soient protégés des préjugés auxquels ils sont exposés dans le reste de la société, qu’ils se sentent à leur place. Tout le travail des éducateurs, pour donner confiance aux enfants et leur permettre de s’affirmer, est parfois foutu par terre par ces comportements.”

Bruno Carrère, président du Rugby Olympique de Pantin,

à franceinfo: sport

Dans le communiqué du club de Pantin, il est précisé que “contrairement à d’autres fois, nous n’avons pas subi d’insultes, de cris de singes, de jets de bananes (oui, oui, nous avons déjà vécu cela…)”. La problématique des discriminations racistes dans le rugby est plus structurelle qu’elle n’y paraît pour Bruno Carrère, le président du club pantinois, qui explique avoir voulu “marquer le coup” sans pointer du doigt le club de Coulommiers, dont l’accueil a été “de qualité et chaleureux”. “Notre démarche, c’est de sensibiliser, développe-t-il. Je ne donne pas de leçon aux autres clubs. On veut tendre à la prise de conscience collective. On est peut-être insuffisamment vigilants sur les petites choses du quotidien.”

Un avis partagé par Wilfrid Bourdier, de Coulommiers : “Maintenant, on va faire très attention. C’est vrai qu’au niveau de la vigilance, on n’y était pas, parce que c’est un problème qu’on n’avait jamais eu.”

Un témoignage qui “fait écho” à d’autres incidents

De nombreux clubs de rugby ont apporté leur soutien au club de Pantin et aux joueuses et joueurs visés, dans les commentaires que l’on peut retrouver sous la publication du communiqué sur les différents réseaux sociaux. “Ce qui me touche, c’est le soutien de clubs comme le RC Chevreuse ou le RCS Brétigny, qui n’ont pas forcément le même public que nous, confie Bruno Carrère. Tout le monde réagit, probablement parce que ce témoignage fait écho à des choses qu’ils ont entendues au bord des terrains, qui paraissent anodines mais qui sont en réalité beaucoup plus problématiques qu’on ne le pense.”

Parmi ces soutiens, celui du Foyer Laïque Haut Vernet (Pyrénées-Orientales) qui apporte “son soutien indéfectible face à de tels comportements de plus en plus fréquents sur nos terrains de rugby. Vous n’êtes pas seuls.” Plusieurs joueurs du club pyrénéen ont été victimes d’insultes racistes, avant qu’une rixe n’éclate, le 1er octobre dernier lors d’un match contre l’Entente Fleury-Salles-Coursan (Aude). Selon L’Equipe, le club du Foyer Laïque Haut Vernet et l’association SOS Racisme avaient porté plainte.





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