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« L’intelligence artificielle va démocratiser les professeurs particuliers », dit la cofondatrice d’Educapital

Écrit par le 31 mars 2024



L’intelligence artificielle a déjà commencé à révolutionner l’éducation et va continuer à modifier en profondeur les pratiques, sur un marché de l’edtech évalué à 163 milliards de dollars. Marie-Christine Levet, la cofondatrice du fonds Educapital, en est convaincue. Elle explique, exemples à l’appui, ce que l’IA va changer, à la fois pour les élèves et les enseignants, notamment pour personnaliser les enseignements. Son fonds (environ 200 millions d’euros sous gestion, avec des investisseurs comme Hachette, Bayard, des assureurs, des banquiers, la BPI, etc.) se présente comme le premier fonds européen sur l’edtech.

L’IA est aujourd’hui déjà présente dans l’edtech. Comment est-elle utilisée ?

L’IA dans l’edtech n’a pas débuté avec l’IA générative, elle est bien plus ancienne. Elle est notamment utilisée pour davantage de personnalisation. Je pense à la société EvidenceB, que nous avons dans notre portefeuille, une start-up fondée en 2017. Son credo : proposer un apprentissage personnalisé, pour éviter le décrochage scolaire. Les exercices s’adaptent à chaque enfant pour éviter qu’il ne bloque sur un problème.

Sous contrat avec l’Education nationale, l’application sera généralisée à 800.000 lycéens de seconde à la rentrée 2024. Selon nous, l’avenir passera par des parcours adaptatifs, que ce soit pour les élèves ou dans la formation professionnelle. Ce n’est d’ailleurs pas nouveau puisque depuis longtemps, les professeurs particuliers existent. Désormais, avec l’IA, ils se sont démocratisés.

Et l’IA générative plus spécifiquement ?

L’arrivée de ChatGPT a marqué une véritable révolution et devrait permettre de développer le tutorat virtuel : poser des questions à un assistant d’IA pour se faire aider. On le voit déjà dans l’apprentissage des langues avec Loora ou Praktika, qui permettent d’échanger avec une « IA » pour s’améliorer en anglais, par exemple. L’IA générative va permettre de faire de la conversation en langue étrangère, de corriger la prononciation…

Il y a aussi des sociétés qui utilisent l’IA pour aider à générer du contenu, comme Nolej -dans laquelle nous avons investi -, cofondée par une chercheuse, qui permet aux enseignants de créer du contenu interactif, des exercices, des cours à partir de n’importe quel document. Une façon de réinventer l’édition scolaire.

L’IA est donc une véritable révolution pour les enseignants mais aussi l’édition…

La révolution est déjà là. Et, tous les éditeurs ont déjà commencé à intégrer ces technologies et vont devoir s’adapter. Demain, on n’aura sans doute pas le même programme pour tout le monde. Cela pourrait permettre de susciter davantage d’intérêt pour l’école et d’éviter le décrochage.

Le marché de l’edtech est en plein développement, poussé notamment par la crise sanitaire et les confinements, et l’IA va accélérer cette croissance. Il était de 163 milliards dans le monde en 2019 et il est estimé à 500 milliards de dollars en 2025. Si l’on le compare au marché de l’éducation qui est estimé à 8.000 milliards de dollars, cela représente 6 % du marché.

L’IA peut faire des erreurs et avoir des hallucinations. Cela peut avoir des conséquences importantes dans l’éducation…

Bien évidemment. Ce sont avant tout des outils pour les enseignants, or les enseignants connaissent leur matière et peuvent repérer d’éventuelles erreurs. L’idée n’est pas de laisser un élève seul avec ces outils, mais de les mettre au service des élèves et des enseignants dans le cadre scolaire. Il faut une supervision humaine. L’IA ne fait pas la différence entre le vrai et le faux.

Comment apprendra-t-on demain ? Quelle sera la place du professeur ?

Il y aura toujours besoin de professeurs pour vérifier les savoirs, débattre, motiver, etc. On n’imagine pas des robots remplacer des enseignants. D’ailleurs, ça ne marche pas : le taux de suivi des cours en ligne type Mooc est seulement de 5 % sur toute la durée du programme. Il y aura de plus en plus d’exercices interactifs chez soi ou à l’école, qui seront très personnalisés.

En retour, le professeur aura aussi des data sur ses classes pour mieux adapter ses cours. Et dans le cas de professeurs absents non remplacés, les élèves, plutôt que d’aller en récréation, pourront faire des exercices. Pourquoi ne pas imaginer des avatars de certains enseignants ? De même, en formation continue, on voit déjà des systèmes hybrides entre tuteur virtuel et professeur.

Et quid du risque que les devoirs soient de plus en plus faits par ChatGPT ?

On ne peut pas forcément lutter contre la triche, mais les enseignants reconnaissent souvent des copies issues de ChatGPT. La différence se fera de plus en plus dans la réflexion, et il faudra peut-être faire évoluer les devoirs à faire à la maison.



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