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Hausse d’impôts : Gabriel Attal tente d’imposer sa ligne, la majorité reste en ébullition

Écrit par le 28 mars 2024



Si l’objectif était d’éteindre l’incendie qui menace, il ne paraît pas vraiment atteint. Gabriel Attal a tenté mercredi soir de remettre de l’ordre dans la majorité sur la question des hausses d’impôts, mais le débat semble loin d’être clos et des pistes – même déguisées – de mesures fiscales continuent d’agiter le camp présidentiel, jusqu’au gouvernement.

Lors de son passage au « 20 heures » de TF1 , le Premier ministre a tenté de réaffirmer le credo macroniste conjurant toute hausse d’impôts, mais avec ses mots à lui. Moins catégorique que Bruno Le Maire, il a expliqué « ne pas avoir de dogme sur le sujet », mais seulement « deux lignes rouges » : « La première c’est de ne pas augmenter les impôts des classes moyennes qui travaillent et qui ont travaillé toute leur vie. […] Deuxième chose, je n’augmenterai pas les impôts pour ce qui permet de financer le travail des Français », évoquant les entreprises. Sur la taxation des plus riches, il a dit « attendre de voir des propositions crédibles » des oppositions, tout en rappelant que « la France n’est un paradis fiscal pour personne ».

Le Modem veut croire à une ouverture

Le fait de ne pas avoir entendu de « niet » catégorique n’est pas passé complètement inaperçu. C’est le cas à gauche parmi les oppositions, qui prônent de jouer du levier fiscal face au dérapage du déficit qui a atteint le niveau de -5,5 % du PIB en 2023 .

« La position de Gabriel Attal permet au moins la discussion », relève Claude Raynal (PS). Le président de la commission des Finances du Sénat s’est rendu ce jeudi à Bercy, comme les chefs de groupes parlementaires – à l’exception de ceux de Liot et de LR – pour évoquer avec plusieurs ministres du gouvernement le futur budget 2025. « La discussion est possible seulement si le gouvernement admet que le sujet est celui de l’impasse budgétaire, et pas seulement du niveau des dépenses. Nous ferons des recommandations si l’on évoque dépenses et recettes », explique-t-il, mettant en garde contre « une crise politique ».

Au sein de la majorité, les partisans de mesures fiscales veulent croire que la porte n’est pas complètement refermée. « J’ai trouvé Gabriel Attal plus ouvert que Bruno Le Maire sur cette question, et j’ai entendu qu’il n’était pas fermé à des mesures ciblées », affirme Jean-Paul Mattei. Le président du groupe Modem à l’Assemblée nationale continue de vouloir revoir la fiscalité du capital. « J’avais porté l’an dernier des amendements au budget sur la taxation des super-dividendes. Ce n’est peut-être plus le sujet du moment, mais on peut regarder d’autres dossiers, comme le prélèvement forfaitaire unique sur le capital », explique-t-il. Le Modem doit faire des propositions concrètes avant la fin du printemps.

Cap inchangé

Pour autant, le gouvernement et les caciques de la majorité font le dos rond et assurent que le tabou fiscal reste de mise. « Le cap reste de résister aux hausses d’impôts », assure un poids lourd du dispositif. Cela n’empêche pas certains tenants de l’orthodoxie macroniste de réfléchir à des mesures qui ressemblent diablement à des hausses d’impôts. « Réduire des niches fiscales, c’est aussi une hausse d’impôts mais ce n’est généralement pas considéré comme tel », constate un membre de la majorité.

Le crédit d’impôt recherche (CIR) est ainsi une nouvelle fois sur la sellette , ce qui provoque déjà des angoisses au sein du patronat qui tente de sonner l’alerte. Bruno Le Maire leur a assuré que la promesse de baisse des impôts de production serait tenue, sans les convaincre totalement. « Il y a un vrai stress chez les entrepreneurs », assure un membre du Medef.

Une taxation des rachats d’actions, promise il y a un an par Emmanuel Macron puis remisée depuis ? « C’est un dossier qu’on regarde », assure une source ministérielle, au grand dam de certains cadors du CAC 40. La mesure est aussi poussée par Jean-Paul Mattei, et Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale, qui a parlé également de taxer les superprofits des grands groupes.

Plusieurs membres de la majorité – dont Sylvain Maillard, le président du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale – poussent aussi pour un gel du barème de l’impôt sur le revenu. « Si cela épargne la première tranche, ce serait une mesure de justice », estime un parlementaire.

Inquiétudes à Bercy

Cette profusion d’idées suscite des inquiétudes à Bercy. « Faisons attention à ne pas prôner des mesures symboliques qui remettraient en cause la politique économique menée depuis sept ans. La taxation des rachats d’actions, ça rapporterait 200 millions. Est-ce que ça vaut vraiment le coup de pousser pour un tel rendement », explique un proche de Bruno Le Maire.

Celui-ci n’a guère envie de donner prise aux oppositions. Le message récent sur X de Jordan Bardella (RN) – parlant de « hausses d’impôts qui asphyxieraient davantage les classes moyennes » suite aux propos de Yaël Braun Pivet – n’est pas passé inaperçu. « Ce n’est pas du tout le moment de faire des propositions budgétaires, alors qu’il y a déjà une campagne pour les européennes à mener », juge un conseiller ministériel. Même la volonté de Jean-René Cazeneuve (Renaissance), le rapporteur général du Budget à l’Assemblée nationale, de durcir la taxe sur les producteurs d’électricité avec une proposition de loi avant l’été, est accueillie fraîchement. « Il faut faire attention dans le contexte actuel », estime le conseiller ministériel.



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