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A Monaco, experts et politiques appellent à accélérer les efforts en faveur de l’océan

Écrit par le 27 mars 2024



Du bleu, du bleu et encore du bleu. Dans le grand hall du Musée océanographique de Monaco, le visiteur remonte le temps. Sur un mur immense de 18 mètres de large sur 10 mètres de haut, l’artiste américain Mark Dion s’est amusé à exposer fossiles et livres précieux, maquettes et chimères. Particulièrement mis en valeur, un ours blanc originaire de la côte ouest du Groenland observe avec curiosité le scaphandre de l’inventeur allemand Karl Heinrich Klingert, permettant de respirer à 12 mètres de profondeur. A quelques pas de là, dans un décor plus intimiste, la voix de la princesse Stéphanie de Monaco invite les visiteurs à embarquer dans la reconstitution du Deo Juvante II, le bateau du prince Rainier III. Sur un pan de mur s’étale une citation de feu le souverain prononcée lors du Sommet de la Terre de Rio, en 1992 : « Sachons trouver la force morale et politique d’appliquer les remèdes prescrits afin de sauver l’essentiel. »

Le 18 mars dernier, c’est dans cette institution entièrement dédiée au monde marin que son fils héritier, le prince Albert II, inaugurait la quinzième édition de la Monaco Blue Initiative (MBI). Comme chaque année, ce think tank informel réunissait scientifiques, décideurs politiques et organisations internationales afin d’échanger sur les manières de protéger les océans à l’heure où celui-ci subit les conséquences du dérèglement climatique. « Nous devons mettre ensemble nos connaissances, nos ressources et nos énergies pour soutenir les océans et les mers, et mettre en place des initiatives capables de concilier les impératifs de la nature avec les exigences de notre société », martèle Albert II en guise d’introduction. Alors que la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan se tiendra à Nice en juin 2025, la préservation de l’or bleu se fait de plus en plus urgente.

Des traités de plus en plus exigeants

« Il y a quinze ans, lors de cette première réunion, seulement 2,5 % des océans vivaient dans des zones marines protégées » : aux yeux de Sebastian Troeng, vice-président exécutif de l’ONG Conservation International, ces dernières années ont regorgé de succès pour les défenseurs des océans. Désormais, à l’échelle mondiale, un peu plus de 28 millions de kilomètres carrés d’eaux côtières sont classés en « aires marines protégée », selon la base de données de Protected Planet. Cela représente environ 8 % de leur superficie totale.

De la reconnaissance du rôle de l’océan par l’Accord de Paris en 2015 au traité historique sur la biodiversité maritime adopté par les Nations unies en juin dernier, les textes en faveur de l’or bleu se sont effectivement multipliés. Le traité mondial contre la pollution plastique, en cours d’élaboration, devrait confirmer la tendance cette année. « Notre plus grand succès reste sans hésitation le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal », affirme Minna Epps, directrice du programme marin et polaire mondial à l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Celle-ci rappelle en souriant que ce texte doit beaucoup aux femmes, l’alliance Women4Biodiversity ayant été particulièrement active sur le sujet. La mesure phare du Cadre, l’initiative « 30×30 » pour les intimes, vise à désigner 30 % des milieux terrestres et 30 % des milieux maritimes comme des aires naturelles protégées d’ici 2030, tout en promouvant les savoirs autochtones.

Le musée océanographique de Monaco possède l un des plus anciens aquariums du monde.

Le musée océanographique de Monaco possède l un des plus anciens aquariums du monde.Arnaud Le VU/Hans Lucas Via AFP

« Notre connaissance de l’océan s’améliore, elle aussi, rapidement, observe David Obura, fraîchement élu président de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, sous l’égide de l’Onu. De plus en plus, nous reconnaissons non seulement la science, mais aussi les connaissances locales indigènes qui transmettent des savoirs et des pratiques depuis des milliers d’années. » Cela sans compter le développement des technologies bleues « nécessaires tant qu’elles sont utilisées uniquement pour faire le bien », précise-t-il.

Des succès en demi-teinte

« Tout cela n’est pas suffisant. » A rebours de ces constats aux allures d’autocongratulations, le professeur Enric Sala, explorateur en résidence à la National Geographic Society, met les pieds dans le plat : « Lorsque nous annonçons que 8 % des aires marines sont protégées, on oublie de préciser que la plupart d’entre elles le sont de manière insignifiante. En réalité, seuls 3 % de l’océan mondial se trouvent aujourd’hui dans des zones qui offrent de meilleurs résultats, non seulement pour la nature, mais aussi pour l’humanité. »

« Si l’on prend un peu de recul, il faut reconnaître que les grandes tendances pour l’avenir de l’océan vont encore dans la mauvaise direction », reconnaît Sebastian Troeng. Le vice-président de Conservation International liste notamment l’augmentation de la température de l’eau de mer, la dégradation des récifs coralliens ou encore la surpêche qui épuise les stocks de poissons. Cela sans compter que février 2024 a été considéré comme le mois le plus chaud jamais enregistré.

Pêcher moins, mais mieux, tel pourrait être le mantra des invités réunis sur le Rocher ce jour-là.

Pêcher moins, mais mieux, tel pourrait être le mantra des invités réunis sur le Rocher ce jour-là.Shutterstock

« La question de la pêche est particulièrement importante », souligne Mahlet Naomi Mesfin, sous-secrétaire adjointe pour les océans, les pêches et les affaires polaires, au Bureau des océans et des affaires environnementales et scientifiques internationales du département d’Etat des Etats-Unis. « 12 % de la population mondiale dépend de la pêche et de l’aquaculture. Or, 90 % des stocks de poissons de la planète sont pêchés de manière peu durable, et un poisson sur cinq capturé dans le monde provient de la pêche illégale. Ces pratiques nuisent non seulement à nos océans, mais aussi à nos populations, à notre économie et à notre planète. »

« Ne nous dites pas de ne pas pêcher car je ne vous écouterai pas, mais expliquez-nous comment nous pouvons pêcher tout en préservant les ressources halieutiques pour les générations à venir », martelait à l’ouverture de la MBI Jean-François Ferrari, le ministre de la Pêche et de l’Economie bleue de la République des Seychelles. Pêcher moins, mais mieux, tel pourrait être le mantra des invités réunis sur le Rocher ce jour-là. Selon la dernière étude de l’Ifremer , la surpêche concernerait encore 20 % des poissons débarqués dans l’Hexagone, alors que les objectifs européens imposaient d’atteindre 100 % de pêche durable en 2020. Un rapport publié début 2024 par l’association Bloom et des institutions scientifiques publiques mettait pourtant en lumière les bénéfices écologiques, économiques et sociaux de la pêche artisanale par rapport à la pêche industrielle. En plus de son caractère polluant et destructeur, cette dernière serait également moins rentable tout en engloutissant l’essentiel des subventions.

Mais cette tendance pourrait bien évoluer. Mahlet Naomi Mesfin salue en effet le récent accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui tend à interdire les subventions en cas de pêche non réglementée en haute mer ou contribuant à la pêche illicite, tout en misant sur une meilleure transparence de la pratique. « Dans tous les cas, il est nécessaire de restaurer de la confiance avec les communautés locales pour continuer à aller de l’avant », insiste David Obura.

Le secteur privé doit prendre sa part

Loin des débats officiels, les discussions se poursuivent dans les couloirs de l’institution. Puri Canals, coordinatrice technique du Projet de gouvernance des océans de l’Union européenne, de l’Asie du Sud-Est et de l’Atlantique, tente de se frayer un chemin à travers la foule. « Il y a encore du travail, soupire-t-elle. Aujourd’hui, les moyens humains et financiers mis à notre disposition ne sont pas à la hauteur du projet annoncé par la COP15. »

« L’océan est comme un compte bancaire où tout le monde retire et personne ne fait le moindre investissement, assène Enric Sala. Nous avons subventionné notre prospérité en détruisant la nature. Mais nous avons atteint un point où il n’y a plus assez de nature pour la subventionner. »

Pour remédier à cela, assure-t-il, « nous avons besoin du secteur privé ». Il faut dire que celui-ci est représenté en nombre dans la salle de conférences du Musée océanographique. Portés par l’importance d’établir une économie bleue durable et régénérative, les fonds d’investissement dédiés à l’or bleu ont fleuri depuis le début du siècle. Mirova, société de gestion dédiée à l’investissement durable et certifiée « entreprise à mission », a ainsi vu le jour en 2012. « En plus du risque et du rendement, nous prenons en compte le facteur de l’impact dans nos investissements, explique Anne-Laurence Roucher, directrice générale adjointe de la structure. Nous avons besoin de nouveaux modèles d’entreprise et d’établir des normes où cette règle serait obligatoire. » Depuis sa naissance, Mirova a eu à coeur de financer des solutions axées sur la gestion durable des ressources marines, de la pêche à l’atténuation de la pollution en passant par le recyclage du plastique.

« Nous devons comprendre que nous vivons dans un monde limité, assure Sylvie Goulard, coprésidente du Groupe consultatif international sur les crédits de biodiversité. Nous utilisons la terre et l’océan comme s’ils étaient à notre disposition. L’objectif principal devrait être de repenser la façon dont nous organisons l’économie, tout en impliquant les communautés locales de nos pays. »

A l’issue de cette rencontre, le comité français d’organisation de la Conférence des Nations unies sur l’océan 2025, l’Institut océanographique de Monaco et la Fondation Prince Albert II de Monaco ont officiellement scellé leur coopération pour l’organisation du Blue Economy and Finance Forum (BEFF). Celui-ci se tiendra les 7 et 8 juin 2025, en amont de la conférence de Nice, dans le but de mobiliser des ressources publiques et privées pour l’océan.

« Ce qui me donne de l’espoir, c’est la capacité de l’océan à rebondir et à se rétablir, affirme Enric Sala. Il ne faut pas oublier que nous dépendons tous de lui. Quand l’océan gagne, nous gagnons. »



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