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Gaël Musquet, un hacker au service de la lutte pour le climat

Écrit par le 28 mars 2024



« Mon déclic écologique a été particulièrement violent. » C’est en Guadeloupe, territoire particulièrement vulnérable au changement climatique, que Gaël Musquet voit le jour il y a un peu plus de quarante ans. En 1989, son enfance est bouleversée par l’ouragan Hugo qui se déchaîne sur l’île dans la nuit du 16 au 17 septembre. Avec des rafales à plus de 300 km/h, celui-ci dévore tout sur son passage. Au petit matin, l’archipel ressemble à un tas de ruines. Au compteur, 11 morts, 25.000 sans-abris et 35.000 sinistrés. Aujourd’hui encore, l’événement est considéré comme l’un des plus violents cyclones qu’aient connu les Antilles.

Gaël Musquet

Gaël MusquetSophie Palmier

De cette soirée, Gaël Musquet, alors âgé de 9 ans, se souvient du départ précipité de sa maison dans l’oeil de l’ouragan, le refuge dans les toilettes sans fenêtre de ses voisins. « Toute la nuit, nous entendions le vent qui rugissait et les débris qui frappaient les murs. » Au lever du soleil, il découvre sa maison fortement endommagée. « A ce moment-là, l’attitude paisible de mes parents me rassurait, raconte-t-il. Ce qui m’a frappé, c’est la tristesse de mes oncles, toute la peine que je lisais sur le visage des adultes. »

Ces regards inquiets au lendemain de la catastrophe naturelle seront déterminants dans sa vocation. Celui qui rêvait jusque-là de devenir astrophysicien décide de se lancer dans la météorologie, « afin d’éviter que de tels événements se reproduisent ».

De la météo au hacking

Motivé par cette nouvelle ambition, Gaël Musquet pose le pied dans l’Hexagone en septembre 2001 pour y suivre une formation de météorologue. Il y apprend notamment à fabriquer des capteurs météorologiques. « Mon objectif était de revenir ensuite aux Antilles pour y diriger un centre météorologique », précise-t-il.

Passage du cyclone 'Hugo' dans la nuit du 16 au 17 septembre 1989 sur le département de la Guadeloupe.

Passage du cyclone ‘Hugo’ dans la nuit du 16 au 17 septembre 1989 sur le département de la Guadeloupe.GERARD FOUET / AFP

Mais en 2010, le séisme d’Haïti provoque entre 250.000 et 300.000 morts et l’incite à repenser ses plans. « Cet événement m’a permis de réaliser à quel point nous pouvons tout perdre du jour au lendemain si nous ne sommes pas préparés, explique-t-il. Je voulais participer à protéger la population et leurs biens. » Le météorologue délaisse un temps ses instruments pour se tourner vers… le hacking. « Pour le grand public, le hacker est souvent synonyme de criminel, s’amuse-t-il. On oublie que c’est un vrai métier ! »

Loin des images fantasmées du « pirate » dissimulé derrière une capuche sombre, les hackers éthiques assurent le système immunitaire d’internet. Ce sont eux qui traquent les failles informatiques des entreprises et institutions afin de les protéger. Avec la multiplication des événements météorologiques extrêmes, leur mission consiste aussi à maintenir les réseaux de communication ou d’alimentation en énergie, et à alerter les populations en cas de calamité. « En cas de catastrophe naturelle, nous sommes parfois obligés de détourner les machines de leur usage premier pour mesurer ou pour communiquer, ajoute Gaël Musquet. Il est donc essentiel de bien comprendre comment elles fonctionnent. »

Prévenir contre les risques naturels

Désormais, le Guadeloupéen est particulièrement impliqué dans l’anticipation, la prévision et la prévention des catastrophes naturelles. Il est l’un des membres fondateurs de l’association Hackers Against Natural Disasters (Hand) et pilote depuis 2019 l’exercice Caribe Wave, qui vise à préparer les autorités, les collectivités et les populations des Caraïbes exposées au risque tsunami. Le 21 mars, le hacker a ainsi expérimenté une alerte aux Antilles. Lors de ce grand exercice, près de 500.000 personnes dans 48 Etats et territoires de la région ont été mobilisées.

« Il a fallu militer pendant des dizaines d’années pour que l’Etat français et l’Union européenne nous autorisent à utiliser ce protocole », soupire Gaël Musquet qui s’apprête à tester de nouvelles procédures d’alerte afin de préparer les populations les plus vulnérables. « Mon activité est aussi militante, affirme-t-il. Certains manifestent ou signent des pétitions. Moi, je fais du hacking. C’est une manière d’être actif et de mettre tout le monde face à ses responsabilités. »

Tempete Alex : des pluies diluviennes suivies de crues soudaines ont cause des dégâts impressionnants dans les Alpes-Maritimes.

Tempete Alex : des pluies diluviennes suivies de crues soudaines ont cause des dégâts impressionnants dans les Alpes-Maritimes.Lionel Urman / SIPA

Depuis dix ans, Gaël Musquet passe la plupart de son temps au chevet des personnes et territoires vulnérables. Son activité l’a conduit aussi bien dans des zones fragilisées par des événements météorologiques extrêmes, comme au Japon, que dans le camp de réfugiés de Zaatari, à la frontière syrienne, ou sur le bateau Aquarius de l’association SOS Méditerranée, où son rôle a été de connecter le navire afin de témoigner de ce qui s’y déroulait. Aujourd’hui, il se dit inquiet d’un manque de la culture du risque en France. « Il suffit de voir ce qui s’est passé à Saint-Martin ou dans la vallée de la Roya, dans les Alpes-Maritimes, témoigne-t-il. Nous ne sommes pas préparés à ces événements extrêmes. Des territoires que l’on sait fragiles subissent des inondations plusieurs fois d’affilée sans être davantage préparés. Sur le pourtour méditerranéen, peu de gens savent qu’ils sont en zone submersible tsunami. »

Selon un rapport du Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe paru en 2020, les catastrophes naturelles ont doublé en vingt ans sous l’effet du réchauffement climatique. Rien qu’en France, les inondations ont augmenté de 134 %. Mais pour le Guadeloupéen, les mesures d’adaptation et de prévention font du surplace. « L’adaptation au changement climatique est un véritable marathon. Mais au lieu d’être dans une vraie course de fond, nous faisons une pause à chaque distraction », s’alarme-t-il.

Gaël Musquet cite en modèle la plateforme web Familia Preparada, mise en place au Chili en 2015 pour préparer la cellule familiale à tout un éventail de risques, des tremblements de terre aux éruptions volcaniques. « Ce programme prouve qu’il est possible d’informer une population sur un risque et de la former à y faire face. C’est ce qui m’anime aujourd’hui », affirme le hacker qui ajoute : « Mon métier, c’est 80 % d’humain, 20 % de technique. Je passe beaucoup de temps à écouter les gens pour comprendre ce qui leur fait peur et les rassurer. »

Accompagner la nouvelle génération

Mais le Guadeloupéen ne s’arrête pas là. Depuis quatre ans, il s’est fixé comme objectif de préparer les plus jeunes au changement climatique et de les rendre acteurs du changement. Avec l’émergence de l’écoanxiété, le père de famille a tenu à prendre sa part de responsabilité. A Vernon, dans l’Eure, Gaël Musquet accueille par exemple des enfants de tous les âges au sein du Campus de l’Espace , l’observatoire astronomique qu’il dirige.

Ses jeunes stagiaires apprennent à produire des données depuis les télescopes et capteurs sismiques, sont sensibilisés à la question climatique par le directeur des lieux, discutent des solutions et métiers d’avenir pour construire « un futur souhaitable ». « Parmi eux, je croise beaucoup de décrocheurs qui ne voient pas concrètement en quoi l’école peut leur être utile face à l’avenir qu’on leur dessine, raconte le météorologue. Il est important que tous ces enfants aient le temps de rêver à des solutions, car le rêve est un moteur bien plus puissant que la peur. » En trois ans, plus de 6.600 personnes sont passées par l’observatoire, dont 6.000 scolaires.

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Véritable laboratoire, le lieu permet d’observer la Seine et le ciel 24 heures/24. Les élèves peuvent à loisir y produire de la science et s’appuyer sur l’expérience pour relever des défis. « Les jeunes sont pétris d’idées, s’enthousiasme Gaël Musquet. Les voir retrouver espoir est ma raison de me lever le matin. »

Celui qui a été le parrain de la candidature de la métropole de Rouen pour être capitale européenne de la culture en 2028 travaille en étroite collaboration avec des artistes de tous les bords. Objectif : proposer des clips documentaires et autres supports plus légers qui parlent davantage aux jeunes. « Pour réellement faire bouger la loi et les comportements face au changement climatique, nous avons besoin que l’ensemble des composantes de la société se mobilisent. Cela passe aussi par l’industrie culturelle qui permet de créer des imaginaires et donc de pousser les gens à agir. »

Le hacker va aussi à la rencontre des jeunes dans tous les territoires d’Outre-Mer, de plus en plus vulnérables face au changement climatique. Le Guadeloupéen voit avec tristesse sa terre d’origine s’enfoncer dans une pénurie d’eau. « Je dois aller dans ces territoires pour porter des solutions avec eux, pour vivre dans ma chair ce que cela implique pour la population de vivre sous la menace de catastrophes climatiques et géologiques imprévisibles. »

Convaincu que chaque crise peut être une opportunité pour changer nos modes de vie, Gaël Musquet s’apprête à s’envoler pour la Martinique pour poursuivre sa mission auprès des jeunes générations : « J’ai réalisé tous mes rêves d’enfant. A mon tour désormais de faire rêver ces enfants-là, de leur donner les outils dont ils ont besoin. »



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