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L’écrivaine Maryse Condé est décédée à 90 ans

Écrit par le 2 avril 2024


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Illustre voix antillaise, Maryse Condé s’est éteinte dans le Vaucluse, dans la nuit de dimanche à lundi. Particulièrement connue pour sa saga « Ségou », un récit historique sur deux siècles abordant le déclin de l’empire Bambara, elle n’a eu de cesse d’explorer et d’honorer son héritage à travers ses écrits.

Bien qu’elle fasse régulièrement l’objet de rumeurs à ce sujet, l’autrice n’a jamais remporté le Prix Nobel de littérature. En 2018, elle reçoit une récompense alternative, mise en place par la Nouvelle Académie alors que le graal des prix littéraires est secoué par une affaire de harcèlement sexuel . « Elle décrit dans son oeuvre les ravages du colonialisme et le chaos postcolonial dans une langue à la fois précise et bouleversante », déclare alors l’institution à propos de son riche travail littéraire, réunissant aussi bien des essais que des romans, du théâtre ou encore des livres à destination des plus jeunes.

Un substitut de reconnaissance qui lui permet de remercier son pays : « Cela m’étonne que ce soit un pays tel que la Suède, un pays voisin de la France, qui estime que ce que je dis et ce que je suis est important. Si je remporte ce prix, je ne manquerai pas de remercier le peuple qui m’a toujours soutenu. Je parle de mes frères et soeurs de Guadeloupe » déclare-t-elle à Jeune Afrique, avant de se voir remettre la fameuse récompense.

L’écriture entre les continents

Car si la Guadeloupe, où elle est née le 11 février 1934 à Pointe-à-Pitre, a forgé l’identité de l’autrice, cette dernière a beaucoup voyagé pour comprendre ses racines. Etudiante, Maryse Condé vient à Paris. C’est dans l’Hexagone qu’elle peut poser des mots sur son vécu, sur l’esclavage et la condition des Noirs, avant de rejoindre l’Afrique, notamment la Côte d’Ivoire et la Guinée, pour un poste de professeure de français.

Elle rédige dans ce pays son premier roman, « Heremakhonon », paru en 1988, dont le titre vient d’une expression malinké qui veut dire « en attendant le bonheur » alors âgée de plus de quarante ans. Par la suite, elle part pour Londres où elle occupe un poste de journaliste culturel pour BBC Afrique avant de regagner l’Afrique qu’elle finira par quitter, lasse de ne pas y trouver sa place.

La romancière guadeloupéenne Maryse Condé, présidente du Comité pour la mémoire de l'esclavage, créé en janvier 2004, remet le 12 avril 2005 à l'Hôtel Matignon à Paris, son rapport au Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.

La romancière guadeloupéenne Maryse Condé, présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage, créé en janvier 2004, remet le 12 avril 2005 à l’Hôtel Matignon à Paris, son rapport au Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.Jack GUEZ / AFP

C’est finalement à Paris que l’autrice va renouer avec l’écriture, particulièrement avec le théâtre, nourrie par ses expériences de voyage et son rapport au colonialisme. Elle intervient également dans de nombreuses revues africaines comme Callaloo, en 1989, dans laquelle elle s’interroge sur les limites du concept de négritude : « Je remets en question le fait que la Négritude perpétue la notion que tous les noirs sont pareils. C’est une attitude totalement raciste héritée en fait des blancs qui croient que tous les nègres se ressemblent ». Son premier succès survient avec la publication de son roman « Ségou » en 1984. Quelques années après en 1987, Maryse Condé décroche son premier prix, le Grand prix littéraire de la Femme, pour « Moi, Tituba sorcière… Noire de Salem », un récit de fiction qui raconte la vie réelle d’une esclave accusée d’être une sorcière de Salem, à la Barbade. Egalement engagée hors des sphères de la littérature, elle préside le Comité pour la mémoire de l’esclavage, créé en janvier 2004.

Son succès dépasse les frontières de la France et de l’Afrique et atteint notamment les Etats-Unis où elle réside pendant une vingtaine d’années. Elle y enseigne dans de prestigieuses universités comme Colombia où elle dirige le Centre des études françaises et francophones, et Harvard. En 1992, Angela Davis signera notamment la préface de l’édition anglaise de « Moi, Tituba sorcière… Noire de Salem ».

Une prolifique retraite

Maryse Condé continue de marquer le paysage littéraire avec force et ambition puisque, comme elle l’écrit dans « « La Vie Sans Fards », son roman autobiographique publié en 2012, qui explore la complexité de son identité d’Antillaise noire : « la passion de l’écriture a fondu sur moi presque à mon insu ». Retirée dans le sud de la France aux côtés de son mari, le traducteur Richard Philcox qui a notamment contribué aux traductions de Frantz Fanon, elle ne cesse pas pour autant d’écrire.

Atteinte d’une maladie dégénérative qui la prive partiellement de ses moyens, elle entreprend de dicter à ses proches « Le fabuleux et triste destin d’Ivan et Ivan » et « L’Evangile du nouveau monde » , sa réjouissante réécriture du Nouveau Testament, en Guadeloupe, publiée en 2021. La Guadeloupéenne indépendantiste, comme elle se décrit elle-même, ne se fait pas oublier de ses pairs et de ses lecteurs puisqu’elle est, depuis 2014, élevée au rang de Grand officier de l’ordre national de la légion d’Honneur et reçoit en mars 2020 les insignes de l’Ordre national du mérite. Depuis l’annonce de son décès, les hommages se multiplient, comme celui de l’écrivain congolais Alain Mabanckou qui salue sur X (ancien Twitter) « la quête d’un humanisme fondé sur les ramifications de nos identités et les fêlures de l’Histoire ».

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